L'insoumise
« Salomé était l'audacieuse de la famille, l'intrépide à qui rien ne faisait peur. On l'appelait Ktdala, « la tueuse » en judéo-arabe, un surnom à la hauteur de son tempérament. Elle avait ce feu en elle, cette insolence charmante qui la poussait à braver tous les interdits. Même de tenir tête à notre père, chose impensable pour nous autres. Évidemment, c'est aussi elle qui récoltait le plus de corrections.
Lorsque mes parents s'absentaient, ils prenaient soin de fermer la porte à clé et confiaient cette dernière à mon grand-père, avec pour consigne stricte de ne laisser personne sortir. Mais Salomé n'était pas du genre à se laisser enfermer. Avec la ruse d'une héroïne de roman, elle plaçait notre grand-père, très sourd, devant un match de boxe, un sport qui le captivait. Pour s'assurer de son attention, elle allait jusqu'à inventer l'existence d'un boxeur juif, attisant ainsi sa ferveur.
Tandis qu'il était absorbé par le combat, elle se glissait sous sa chaise avec une agilité féline, glissait la main dans sa poche, subtilisait la clé et disparaissait dans la nuit. Une fois son escapade terminée, elle la remettait exactement à sa place, sans qu'il ne se doute de rien.
Salomé était une véritable stratège… et une légende dans notre famille. »